Les derniers kilomètres avant la fin

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Réveil à cinq heures du matin. Épuisé après une nuit passée à renifler et éternuer, je sors de mon « lit » pour profiter d’un splendide lever de soleil. L’horizon commence à s’éclairer tandis que l’obscurité et la lune disparaissent petit à petit. La lumière prend très rapidement du terrain et chasse définitivement la nuit aux alentours de sept heures du matin. Jade sort de la tente, juste à temps pour admirer la fin du spectacle tandis que Patricia, toujours la dernière à se lever, a totalement raté ce rendez-vous.

Lever soleil désert

Un lever de soleil magique en plein désert. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

lever soleil Nullarbor

Ça a des avantages de se lever tôt. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Un début de journée compliqué

Ce matin, j’ai du mal à démarrer. J’ai l’impression que mon corps va au ralenti alors que mon cerveau est prêt à affronter la journée. Je tente de trouver la ou les cause(s) de cet état. Hormis le fait que je sois tombé malade la veille, je me rends compte que nous avons changé d’heure lorsque nous avons passé la frontière du Western Australia. Le décalage horaire de deux heures et demie par rapport à la région du South Australia (située à une centaine de kilomètres de notre position) se fait ressentir et n’aide en rien à récupérer. Qu’à cela ne tienne, je me motive pour ranger les affaires et affronter la dernière ligne droite de ce désert interminable.

De retour sur la voie rapide, nous sommes choqués à la vue du nombre de kangourous morts, abandonnés sur le bas-côté ou laissés sur la route goudronnée. J’ai l’impression qu’une guerre a eu lieu cette nuit entre ces animaux sauvages et les voitures. Ce champ de désolation me laisse alors penser que des agents, chargés du maintien des routes australiennes, doivent passer de temps à autre pour enlever les corps. Hier, sur la première partie du désert, nous n’avions pas observé autant de cadavres…

Cocklebiddy et ses alentours

En milieu de matinée, nous nous arrêtons sur la seule aire d’autoroute proposant un café/restaurant. Devant l’entrée, un panneau, souhaitant la bienvenue, nous donne quelques informations sur les alentours. À en croire les chiffres, la petite communauté de Cocklebiddy est plutôt déserte. Seuls huit habitants résident ici auxquels s’ajoutent 25 perruches, sept cailles, un chien et 1 234 567 kangourous ! À cette lecture, je comprends qu’il s’agit plus d’un texte humoristique que de la réalité. J’ai beaucoup de mal à imaginer qu’une personne se soit amusée à recenser avec précision le nombre de kangourous habitant à Cocklebiddy. Si tel est le cas, il devait alors avoir énormément de temps à perdre. Néanmoins, petite anecdote amusante, il est bien vrai que l’Australie compte beaucoup plus de kangourous que d’Hommes au kilomètre carré (environ le double).

Bienvenue à Cocklebiddy

Recensement étrange à Cocklebiddy. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Après avoir pris un rapide petit-déjeuner, nous quittons Cocklebiddy sans plus attendre. Sur le chemin, nous faisons quelques haltes pour profiter de la nature surprenante même en plein désert. Nous nous rapprochons de l’océan pour contempler de magnifiques falaises, certes moins impressionnantes que sur la Great Ocean Road, mais valant quand même le détour. Par la suite, nous nous enfonçons dans les terres pour partir à la découverte de quelques caves dont les accès sont interdits au grand public, dû au risque d’éboulements. Tous ces arrêts, très appréciables, permettent ainsi de casser la monotonie d’une route interminable.

Falaises plaine Nullarbor

Les falaises de la plaine de Nullarbor. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Cave Nullarbor

Une cave en plein désert. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

cave désert Nullarbor

Si vous tombez, personne ne viendra vous chercher… Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Horreur dans la plaine

Seule ombre au tableau : notre stop dans l’une des dernières stations essence de ce désert. La voiture à peine garée, nous sommes accueillis de manière assez agressive par le gardien de ces murs, véritable caricature d’un serial killer de film d’horreur. Édenté, mal rasé, âgé d’une soixantaine d’année au minimum, portant des vêtements sales et froissés, ce dernier n’a pas dû rentrer dans une salle de bain depuis très longtemps. Ni un bonjour, ni un sourire (vu l’état de ses dents, ce n’est pas plus mal), il nous barre l’accès aux toilettes. Ce refus, d’abord catégorique, s’explique par le fait que les lavabos soient limités au lavage des mains.  Les brossages de dents ou rasages y sont strictement interdits. Il me faut quelques minutes pour le comprendre car son accent du « Bush », très prononcé, est incompréhensible. Suite à de rudes négociations, dont la principale difficulté a été de comprendre le langage de notre interlocuteur, nous obtenons l’autorisation d’utiliser les sanitaires.

À peine rentré dans les toilettes, la satisfaction d’avoir gagné ce bras de fer s’envole très rapidement. La propreté est, comment dire, inexistante avec en prime une odeur nauséabonde et âcre servant de parfum d’ambiance. Pour couronner le tout, sur une porte battante, des inscriptions nazies ainsi qu’une croix gammée ont été gravées. Ces dernières prônent bien évidemment la supériorité de la race aryenne… Je n’arrive pas à en croire mes yeux. Après tout ce que l’Histoire nous a appris, comment est-il possible que des personnes adhèrent encore à de tels idéaux. Ne voulant pas rester plus longtemps ici, je sors et attends les filles dans la voiture.

La fin du désert

Nous ingurgitons les derniers kilomètres pour sortir de ce désert en début d’après-midi. Enfin, cette partie du road trip est bel et bien terminée ! Il était temps car une journée de plus dans cet endroit aurait été compliquée, mentalement parlant.

Petit à petit, la nature verdoyante ainsi que la civilisation refont surface à notre plus grand bonheur. Encore mieux, dans une station essence (beaucoup plus accueillante que la précédente), des douches chaudes avec de l’eau à volonté sont mises à la disposition des voyageurs pour 5$ seulement (soit 3,25€). N’ayant pas pu nous laver depuis notre départ de Port Lincoln, nous sautons sur l’occasion pour nous savonner et faire disparaitre la couleur sable, incrustée sur notre peau.

Les cheveux propres et l’odeur du jasmin ayant embaumé nos corps, nous sortons de la salle de bain détendu et heureux. De plus, le froid du South Australia ayant disparu, nous pouvons ranger les gros pulls qui ne nous avaient plus quittés depuis notre départ de Sydney, deux semaines auparavant (que le temps passe vite). Par contre, le retour de la chaleur s’accompagne de la présence désagréable de grosses mouches, tentant à de multiples reprises de se poser sur notre peau.

Arrivée à Esperance

Nous roulons jusqu’à la nuit tombée avant d’arriver à Esperance, une des principales attractions touristiques après la traversée de la plaine de Nullarbor. Désormais, nous entamons la dernière partie du road trip à savoir la côte ouest de l’Australie. Depuis que nous avons débuté notre voyage de Surfers Paradise, nous en avons fait du chemin !

Pour les filles, l’aventure touche à sa fin. D’ici quelques jours nous serons arrivés à Perth, ville où nos routes se séparent. Même si je suis triste de quitter Jade, je dois avouer que cela me soulage de dire adieu à Patricia et à son comportement insupportable.

Après avoir dîné dans un restaurant asiatique, nous sortons de la ville pour rejoindre le camping gratuit, trouvé encore une fois sur Wikicamps. Demain, la visite d’Esperance et de ses paysages côtiers nous changeront de la plaine désertique de Nullarbor. D’après ce que j’en ai entendu, la région est un endroit magnifique, très différent de ce que nous avons pu rencontrer à l’est et au sud de l’Australie.

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