Shark Bay, la splendeur péninsulaire

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Petit déjeuner, douche, rangement du van… Le cérémonial du matin terminé, nous repartons sur les routes désertiques. 200 kilomètres nous séparent de notre prochaine destination, située sur une péninsule célèbre pour sa faune marine et sa flore atypique.

Le soleil se lève doucement sur un désert ocre, donnant l’impression d’être seul au monde. Les broussailles, de part et d’autre de la voie rapide, sont les uniques éléments de relief d’un paysage sableux s’étendant à perte de vue. Cette nature, pourtant « hostile », produit paradoxalement un sentiment de calme, de plénitude et de bien-être alors qu’elle devrait nous inspirer tout l’inverse. C’est vrai, il n’y aurait rien de pire que de tomber en panne et mourir de soif sans avoir pu contacter qui que ce soit.

Un accident évité de justesse

Mis en confiance par une route où rien ne se passe, je relâche mon attention et conduis à la vitesse maximale autorisée, même si, en soi, je peux me permettre de la dépasser (les radars et les policiers n’étant pas légion). Malheureusement, la torpeur du désert cache bien des pièges pouvant surgir de nulle part dont l’un des plus fréquents que je vais expérimenter de près.

Accaparé par mes pensées, je redescends de mon nuage en un millième de seconde lorsque, tout à coup, j’aperçois deux kangourous traverser la route devant moi. À plus de 110 kilomètres par heure, je freine tant bien que mal, tout en me déportant sur la voie de droite, me retrouvant ainsi à contre-sens. Sentant certaines roues décollées du bitume, je braque une nouvelle fois pour revenir à gauche et rééquilibrer le poids afin d’éviter de dangereux tonneaux. Mon cœur bat à 100 à l’heure, je me gare sur le bas-côté pour reprendre mes esprits, conscient que nous nous sommes sortis indemnes de cette situation périlleuse.

Je vérifie le pare-chocs pour ne constater aucune éraflure, impact ou tôle froissée. Dans le feu de l’action, je n’ai pas réussi à ressentir si nous avions, oui ou non, écrasé ou tapé l’un des kangourous suicidaires. Steven, qui était placé côté passager, me raconte que je suis parvenu à les éviter de quelques centimètres à peine. La queue de l’un d’entre eux a littéralement frôlé le van ! Soulagé, je contrôle tout de même de part et d’autre de la route qu’aucun marsupial n’est en train d’agoniser. Sincèrement, à choisir, je préférerais avoir un accident que de tuer un animal et avoir sa mort sur la conscience.

Rien à signaler, le calme du désert a repris ses droits, ne laissant presque aucune preuve de l’incident, mis à part les traces de freinage sur le bitume. Avant de repartir, nous regardons également l’état de nos affaires à l’arrière du van qui ont dû être fortement chamboulées. Effectivement, c’est un vrai capharnaüm ! Mais plus embêtant, l’intérieur du van sent fortement l’essence, dû aux bidons renversés pendant le dérapage… Nous nettoyons et rangeons tant bien que mal mais rien à faire, l’odeur reste imprégnée. Une fois ressaisi, je reprends le volant et termine le trajet en restant sur mes gardes. J’ai bien appris la leçon : le désert de la côte ouest n’est pas aussi « désert » qu’il en a l’air

ROute désert

Une route pourtant si calme… Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Les dauphins de Monkey Mia

À l’extrémité de la péninsule, constituant la région de Shark Bay (signifiant littéralement, la baie des requins en français), nous arrivons au parc de Monkey Mia. N’étant pas considéré comme l’un des parcs nationaux de la côte ouest, notre pass acheté à Yanchep ne fonctionne pas ici. Par conséquent, nous devons nous acquitter d’un droit d’entrée de 12$ par personne (7.5€) valable 24 heures.

Ci-dessous, la carte de la région de Shark Bay et ses principaux sites touristiques :

Après avoir payé, nous garons le van à l’entrée afin de nous rendre sur la plage principale où a lieu plusieurs fois par jour l’événement attirant tous les visiteurs de Monkey Mia. Le personnel nous invite à nous rapprocher du bord de l’eau pour faire connaissance avec des dauphins ayant élu domicile dans les parages. Deux animateurs, munis chacun d’un micro, nous racontent la naissance du parc de Monkey Mia, la présence des dauphins, leur mode de vie ainsi que leur alimentation.

Durant leur discours, nous pouvons apercevoir ces mammifères aquatiques nager et slalomer entre les employés, attendant avec impatience la fin des explications. En effet, en guise de conclusion, les dauphins ont droit à une petite récompense pour leur présence. D’autres membres de l’équipe de Monkey Mia nous rejoignent, munis de seaux contenant des maquereaux. Ce sont principalement des bénévoles, composés avant tout de backpackers.

Pour les personnes intéressées, sachez que la liste d’attente est très longue et qu’il vous faudra même payer certains frais pour avoir le bonheur de travailler dans le parc durant une semaine voire deux ou trois maximum.

Dauphin Monkey Mia

Un petit coucou de la part d’un dauphin de Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Dauphin Monkey Mia Show

Un dauphin fait le show à Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Dauphin Monkey Mia soigneur

Les dauphins se faufilent entre les jambes des soigneurs. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Spectacle étonnant et amusant, les dauphins, très disciplinés, s’alignent face à nous à un mètre du bord. Chacun dispose d’un soigneur attitré, se plaçant juste à côté d’eux. Sélectionnés au hasard parmi la foule, des spectateurs sont invités à nourrir ces charmants animaux. Étant près d’une cinquantaine, je ne me fais aucune illusion sur mes chances d’être pris… Mais, miracle, un soigneur me fait signe d’approcher. À cet instant, je repense à l’accident, évité de peu, et me dis que c’est sûrement le karma qui me récompense du fait d’avoir sauvé la vie d’un kangourou 😊

Monkey Mia Dauphin nourrir

Je suis l’heureux élu, autorisé à nourrir un dauphin de Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Le spectacle terminé, nous en profitons pour nous balader le long de la plage où des pélicans gambadent tranquillement. Peu farouches, ils se laissent facilement approcher, sûrement habitués à être nourris par les touristes. D’ailleurs, à chaque fois que nous nous approchons d’eux, par réflexe, ils ouvrent grand leur bec, attendant une petite friandise.

Plage balade Monkey Mia

Balade le long de la plage de Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Pélican Monkey Mia

Un des nombreux pélicans de Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Pélican Mouette Monkey Mia

Duel entre un pélican et une mouette. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Pélican bec ouvert

La plupart gardent le bec ouvert lorsqu’ils rencontrent des touristes. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Monkey Mia Pélican bouche

Du coup, j’essaie d’en imiter un. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Hormis la plage, des boutiques souvenirs proposent peluches, cartes postales et autres bibelots à l’effigie des dauphins, stars de Monkey Mia. Elles proposent également des locations de masques et tubas car il est autorisé de se baigner à certains endroits de la plage où s’est déroulée l’animation de ce matin. Pour les plus chanceux, des dauphins peuvent rejoindre les nageurs et jouer avec eux. Malheureusement, l’air très frais, le vent et la température de l’eau me dissuadent de toute baignade.

Pause Monkey Mia

Une pause en face de l’océan au parc de Monkey Mia. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Les lieux incontournables de Shark Bay

La matinée à Monkey Mia terminée, nous partons de l’autre côté de Shark Bay pour visiter Denham, « chef-lieu » de la région. La petite ville côtière n’a rien d’exceptionnelle mais reste, néanmoins, charmante. La grande allée, en bord de mer avec une eau cristalline, est de toute beauté. Toutefois, notre halte à Denham est surtout l’occasion de prendre conseil auprès du Discovery Center sur les principaux sites touristiques de Shark Bay.

Denham Centre Information

Le Denham Discovery Center. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Denham allée

L’allée principale de Denham. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Denham plage

Balade le long de la plage de Denham. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Carte en main et écoutant les indications reçues, nous partons pour Eagle Bluff. Ce panorama sur l’océan Indien, au sommet d’une falaise, est accessible via une route en terre, très mauvaise. Donc attention, si vous n’avez pas un 4×4, mieux vaut rouler doucement. Effectivement, la vue est très belle. Il est même possible de voir des animaux marins nager. Cependant, avec la distance, nous ne pouvons distinguer s’il s’agit de tortues, requins ou raies. Tout ce que nous voyons ce sont deux grosses taches en mouvement non loin du bord de la falaise.

Falaise Eagle Bluff

Vue sur l’océan Indien depuis Eagle Bluff. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Eagle Bluff île

Une île au loin d’Eagle Bluff. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Par la suite, nous rejoignons l’une des plus belles plages que j’ai pu visiter de toute ma vie. Shell Beach n’est pas une plage de sable mais comme son nom l’indique, est composée de coquillages. Ces derniers, d’une couleur nacrée, jonchent le sol sur plusieurs kilomètres. Entre Monkey Mia, Denham, Eagle Bluff et Shell Beach, on ne peut être qu’émerveillé par Shark Bay et ses multiples facettes plus magiques les unes que les autres.

Shell Beach plage

Shell Beach, de prime abord, une plage comme tant d’autres. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Shell Beach coquillages

Mais en y regardant de plus près, le sable a été remplacé par des milliards de coquillages. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Nous terminons notre visite par Hamelin Pool. Comme pour Eagle Bluff, il vous faudra emprunter une route caillouteuse sur quelques kilomètres, moins désagréable que la précédente, je vous rassure. Sur le chemin, nous croisons un émeu beaucoup moins stupide que les kangourous de ce matin. Restant sur le bas-côté, ce dernier n’a nullement l’intention de traverser, bien au contraire. Cette fois-ci, mes sens étant éveillés, j’ai largement le temps de freiner de manière sereine. Personne sur la route, nous avons même le luxe de stopper totalement le van pour l’observer et prendre des photos avant qu’il ne déguerpisse dans le désert.

Emeu Shark Bay

Un émeu sur le bas-côté de la route. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Hamelin Pool est composé de trois maisons et d’un paysage digne d’un film d’horreur telle que La colline a des yeux ou Massacre à la tronçonneuse. Des voitures sont garées mais personne à l’horizon, la poste (seul commerce dans le coin) est fermée… J’ai l’impression que les gens sont partis en catastrophe, abandonnant leurs affaires ici. Les seules traces de vie que nous rencontrons sont un chien qui aboie et des poules en cage…

Hamelin Pool Maisons fantômes

Bienvenue à Hamelin Pool, une « ville » fantôme… Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Malgré tout, nous décidons de continuer et empruntons à pied un petit sentier nous amenant en bord de mer. L’attraction de Hamelin Pool repose sur les stromatolites, des entités bactériennes, calcaires et sédimentaires, considérées comme les plus anciennes formes de vie organisée sur Terre (elles existaient déjà plus de 3,5 milliards d’années de cela). Aujourd’hui, il n’existe que peu d’endroits où l’on peut observer des stromatolites. Par ailleurs, Hamelin Pool est le site le mieux préservé du monde. Bien entendu, interdiction de se baigner, la baie étant une zone protégée.

Hamelin Pool Stromatolites

Hamelin Pool et ses bassins de stromatolites. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Stromatolites Hamelin Pool

Les stromatolites d’Hamelin Pool. Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Hamelin Pool réserve Stromatolites

Hamelin Pool est la plus grande réserve de stromatolites du monde ! Crédit photo : CHAN OU TEUNG Fabien

Voilà, notre circuit à Shark Bay est déjà fini :-(. Si nous avions eu plus de temps, j’aurais bien aimé rester quelques jours supplémentaires pour profiter au maximum de cette région. En effet, nous n’aurons pas l’occasion de visiter le parc national François Péron situé près de Monkey Mia (nom donné en hommage à un zoologiste français du XIXème siècle, vive la France !). Mais bon, l’accès n’est autorisé qu’aux 4×4 et aux pros de la conduite car le chemin est paraît-il très accidenté. Beaucoup de voyageurs s’embourbent ou crèvent un pneu en cas d’inattention ou d’erreur de manœuvre.

Au fur et à mesure que je découvre la côte ouest, je me rends compte qu’avoir un véhicule tout terrain est primordial pour ne rien rater. Néanmoins, je suis tout de même content d’avoir Justin qui nous a bien sauvé la mise après que Furiosa ait rendu l’âme à Perth. Voyager sur la côte est était une expérience incroyable mais je dois avouer que je vais de surprise en surprise en découvrant l’ouest australien. Plus sauvage, moins touristique et une faune surprenante, l’ouest a de beaux atouts qu’il est impératif de découvrir lorsque l’on voyage en Australie.

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